Le Château de l’Araignée
Washizu et MIki, deux samouraïs et amis, viennent de s’illustrer lors d’une bataille. Alors qu’ils rentrent chez eux en passant dans une étrange forêt, ils croisent un esprit qui leur révèle une prophétie : Miki deviendra le chef d’un fort et Washizu deviendra le seigneur du château de l’Araignée, avant que le fils de Miki prenne sa succession. De retour chez eux, le début de la prophétie se révèle vrai : leur seigneur, pour les récompenser, nomme Miki chef de fort et Washizu seigneur du château de l’Araignée. Mais la suite de la prophétie inquiète la femme de Washizu, qui est prête à tout pour l’empêcher de se réaliser. Peu à peu, elle va influencer son mari pour le dresser contre son seigneur ainsi que contre son ami Miki...
Fidèle adaptation du Macbeth de Shakespeare, Le Château de L’Araignée en reprend tous les développements, au point d’être d’ailleurs considéré comme une des adaptations de référence de la pièce écrite en 1606 par le célèbre auteur anglais. Shakespeare s’était lui-même largement inspiré de la tragédie grecque et on en retrouve les principaux thèmes (fatalité, culpabilité), même s’ils sont transposés dans le Japon médiéval.
Il est clair en effet, dès la prophétie, que les personnages n’ont aucun libre-arbitre et que tout est joué d’avance. A partir de là, les événements semblent se succéder avec une fatalité implacable et inéluctable. La fin étant connue d’avance, seul le chemin qui y mène aurait, peut être, pu être différent. C’est ce que semble sous-entendre l’esprit, lorsqu’il dit à Washizu lors de leur seconde entrevue "tu as choisi la voix du sang". Il y avait peut-être une autre voix... mais le résultat aurait été le même, c’est le propre de la tragédie.
Sorti en 1957, Le Château de l’Araignée réunit ce qui se fait de mieux dans le cinéma asiatique de l’époque : produit par la Toho (célèbre pour ses dizaines de films de kaijus, dont Godzilla était la tête de gondole), réalisé par le grand (il le deviendra par la suite) Akira Kurosawa, avec en tête d’affiche le plus célèbre des acteurs japonais (et quasiment le seul dont le nom ait franchi les frontières de l’Europe et des Etats Unis), Toshiro Mifune*.
Et cela se voit à l’écran, avec des images superbes dans lesquelles on retrouve le souci du détail et du réalisme de Kurosawa, qui a apporté un soin particulier aux décors ainsi qu’aux costumes, en grand spécialiste du film historique. Le brouillard qu’on peut voir à de nombreuses reprises et qui est pour beaucoup dans l’ambiance du film est ainsi du vrai brouillard, le film ayant été tourné en grande partie sur les pentes du Mont Fuji. Kurosawa joue d’ailleurs beaucoup avec les éléments dans le film, puisque la pluie et le vent jouent également un rôle non négligeable. Et les flèches qu’on voit dans la scène assez hallucinante de la mort de Washizu sont également de véritables flèches, tirées par de véritables archers (hors champ des caméras mais quasiment à bout portant, rassurez-vous)... ce qui a quand même donné quelques cauchemars à Toshiro Mifune, qui a avoué qu’il n’avait pas eu besoin de se forcer pour avoir l’air effrayé !
Le plus surprenant avec ce film toutefois, c’est qu’en dépit du fait qu’il est en noir et blanc, en dépit du fait qu’il est imprégné de culture japonaise, avec notamment de nombreux emprunts au théâtre No, en dépit du fait qu’il s’agit d’une adaptation d’une pièce de Shakespeare... il semble finalement très actuel, relativement moderne et jamais ennuyeux. Le style assez hollywoodien de Kurosawa y est sans doute pour beaucoup.
Il y a toutefois une question qui se pose et si un internaute japonais lit cette chronique, je serais curieux d’avoir son avis... Un samouraï qui trahit un compagnon d’arme, qui trahit un seigneur, influencé par sa femme qui plus est, n’est-ce pas extrêmement choquant pour un japonais ? Pour nous autres occidentaux, les trahisons et les complots au sein de classes dirigeantes qui privilégient le pouvoir à l’honneur, font partie d’une vieille tradition. Mais en est-il de même au pays du soleil levant et du seppuku (hara-kiri) ? Il serait sans doute intéressant de se pencher sur les critiques du film écrites à l’époque, au Japon...
* Il a notamment donné la répliqueà Lee Marvin dans l’excellent Duel Dans le Pacifique de John Boorman, ainsi qu’à Charles Bronson et Alain Delon dans Soleil Rouge, avant d’interpréter un des personnages principaux de la série américaine Shogun.
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