L’enfer des zombies (Zombi 2) -- Votre note ?
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L’enfer des zombies (Zombi 2)

Lucio Fulci
vendredi 20 mai 2011
par dr frankNfurter
popularité : 7%

Fulci en maître et digne représentant du cinéma d’exploitation a touché à de nombreux genres (telle l’adaptation de Croc-blanc en 1973 avec Franco Nero). Or l’horreur restant son domaine de prédilection, son style particulier ne lui ouvra que très rarement les portes du grand public. Mais la boite de Pandore fuclienne garde encore de nos jours un pouvoir de nuisance et de séduction intacte pour celui qui l’ouvrirait par mégarde (ça vous dis rien, ça ne vous rappelle rien ? Allez donc demander à l’imprudent qui a découvert bien malgré lui le film d’aujourd’hui, un néophyte désormais en proie à de multiples persistances rétiniennes et errements post-traumatiques (1))

L’Enfer des Zombies IMG/flv/LEnferDesZombies.flv

Le réalisateur romain (que nous rencontrâmes en ces lieux l’année dernière) a prouvé que son art ne résumait pas seulement à un concours de bidoche fraîche ou purulente… avec néanmoins des résultats divers et variés, voire des ratés plus ou moins mémorables ( 2072, les mercenaires du futur par exemple) lorsqu’ils s’éloignaient des thèmes de prédilection de son auteur. Un cinéaste transalpin, qui comme ses pairs et compatriotes de l’époque, s’est pris moult fois les pieds dans la tripaille de production ultra fauchée durant les années 80, et où sa vision personnelle du cinéma de genre n’apparaissait plus vraiment, à l’image de l’essoufflement général qu’a subit le cinéma bis italien à partir de cette période. Les producteurs louaient plus le nom de cet artisan reconnu des spécialistes que les services d’un cinéaste désormais fatigué et malade (2). Mais en 1979, soit une année après le Zombie de Romero (3), L’enfer des zombies permit à Fulci de profiter du succès de la dernière réalisation du créateur de La nuit des morts-vivants , les producteurs ou distributeurs ayant la judicieuse idée de faire passer le film comme une séquelle du précédent film en le nommant Zombi 2 (4).

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« Maintenant le bateau peut partir, dite le aux autres ». Première phrase qui aura de lourdes répercussions par la suite… car si la sentence paraît anodine, celle-ci accompagne un geste qui l’est moins, préambule à une tragédie annoncée ? Abattre de sang-froid un corps emballé et ficelé dans un drap qui se redresse contre toute attente, voici le genre de signal qui vous indique que quelque chose ne tourne pas rond. Un émoustillant bout de cervelle plus tard, la momie emmaillotée n’est plus, abandonnant à son (triste ?) sort le navire précité. Le Morning Lady II, en digne héritier de son glorieux aîné le Demeter (5), débarque à son port d’attache, New-York, après une errance maritime indéterminée. Un « voilier désemparé » pour reprendre les termes d’un premier garde-côte poète à ses heures, tandis qu’un second plus prosaïque retient en premier lieu les avantages substantiels que peuvent proposer une telle découverte : "Et mais s’il est abandonné, c’est qu’il y a peut-être beaucoup d’argent à bord". La fatalité goûtant peu aux joies du pragmatisme, celle-ci étant toujours du côté des êtres sensibles (avec une préférence pour les innocents, les vierges et les poètes amateurs), l’homme de loi matérialiste connaîtra donc un funeste sort lors de la fouille du Morning Lady II... ou l’apparition d’un mort-vivant appréciant modérément qu’on puisse toucher à ses restes sans y avoir été invité. Une jugulaire policière croquée plus tard par un gras double en décomposition, le sémillant journaliste Peter West (Ian McCulloch) apprend de son supérieur la fameuse recette du bon article de presse : vous prenez un policier abandonné, un bateau sans pilote et vous brodez autour (6).

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Notre héros désormais présenté, voici qu’apparaît dans la foulée Anne Bowles (Tisa Farrow), fille du propriétaire du navire fantôme. Celle-ci désireuse de connaître la vérité sur la disparition de son cher paternel, découvre par l’intermédiaire de West une lettre lui étant adressée et signée de son père. Bowles senior lui indique que, tombé gravement malade, il doit rester sur une île des Antilles nommée Matul. Une île mystérieuse et redoutée des autochtones qu’un autre couple d’occidentaux, Brian et Suzan (Al Cliver & Auretta Gay), vont aider à rejoindre en bateau. Un voyage vers l’insoutenable vérité où nous croiserons le combat improbable entre un zombie amphibie et un requin (7), une playmate en bonnet de bain et les intestins boulottés d’une bougresse maniaco-dépressive.

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L’enfer des zombies n’est pas exempt de défauts, mais dépasse, à la plus grande surprise du préposé, les craintes que pouvaient susciter la méthode de margoulins citée précédemment. La photographie de Fulci reste reconnaissable au même titre que les effets sonores, outil de la terreur fulcienne. Le cinéaste tisse ainsi (très) lentement une toile où les détails notables et scènes marquantes se croisent pour le bonheur du néophyte et de l’initié : un fœtus dans un bocal dans un centre médico-légal (? !!), un plan nichon amenant nombres d’interrogations philosophiques, comportementales et sociétales (quid de la pulsion sexuelle du zombie amphibie en eaux salées (8) ou le corail peut-il être considéré comme une arme par destination valable ?), etc. Et si le gore reste l’un des premiers qualificatifs du cinéma de Lucio Fulci, les scènes apparentées à ce genre sanguinolent se font étonnamment rares dans Zombi 2 . Une parcimonie cachant une volonté de proposer quelques scènes choc, diablement réussies et efficaces (effets spéciaux de Giannetto De Rossi), telle l’incontournable sortie de terre des zombies ou l’énucléation de madame Ménard. Une femme au savoir-vivre certain et aussi une maîtresse de maison qui saura mettre un point d’orgue à bien recevoir ses invités, quelque soit leur condition vitale, n’hésitant pas à proposer ses intestins à ses convives morts-vivants venus frapper à sa porte. Et bien que le film connaisse plusieurs ralentissements notables, le long-métrage attendu commençant véritablement qu’à partir du dernier tiers, Fulci réalise un des meilleurs films de zombies de cette période, évitant avec soin les pièges grand-guignolesques et bon marché que d’autres compatriotes n’hésiteront pas à user jusqu’à la corde.

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(1) L’italien pouvant éveiller des pulsions inavouables et inavouées jusque-là en sommeil… on y reviendra !

(2) Bruno Virus Cannibale Mattei remplaçant Fulci pour un résultat digne des meilleurs « 2 en 1 » hong-kongais, Bruno toujours prêt à rendre service dès qu’il s’agit de réaliser un mètre-étalon nanar (cf « la suite » du film qui nous intéresse).

(3) Film existant en deux versions, l’originelle signée Romero et une autre à l’époque de son exploitation sur le sol européen remontée par Dario « Giallo » Argento.

(4) L’absence du « e » de zombie étant bien sûr un pied de nez aux lois de copyright…

(5) Le cinéaste s’inspirant également de la première adaptation cinématographique du roman de Bram Stocker : le Nosferatu de Murnau.

(6) On a bien écrit des critiques de film avec ce genre de pitch (voire avec moins...). Alors pourquoi pas un article ?

(7) D’où la question qui taraudera tout bisseux qui se respecte après avoir vu la dite scène : qui du zombie ou du requin-tigre est le plus fort ? Fulci ayant la malice de ne proposer aucune réponse à cette interrogation primordiale.

(8) L’année suivante, le regretté Jean Rollin proposera dans le poignant Lac des morts-vivants une étude remarquée dont le sujet portera sur la méconnue pulsion sexuelle du zombie en eaux stagnantes.



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