Les Barbarians -- Votre note ?


Les Barbarians

Ruggero Deodato
samedi 25 septembre 2010
par dr frankNfurter
popularité : 6%

Combien de Conan le barbare pour nombre de productions ridicules et à côté de la plaque ? Sans surprise, Les Barbarians de Deodato ne déroge pas à la règle en appartenant à la seconde catégorie. Mais ce dernier n’en demeure pas moins un agréable divertissement en grande partie grâce à l’abattage enfantin de ses deux héros ou la conclusion sympathique d’un genre cinématographique en voie de disparition… mais n’allons pas trop vite.

En des temps reculés, si reculés qu’une frise chronologique serait bien incapable de nous situer cette période lointaine nommée « âge des ténèbres » où les hommes, les femmes et les enfants étaient menés par l’épée, vit les radniks, seule tribu du monde connu à avoir droit de libre passage à travers tout le pays. La légende raconte que leur premier roi troqua une montagne d’or en échange d’un rubis magnifique, la pierre de l’ombilic, une pierre magique renfermant les secrets de la musique, du rire et de la chaleur humaine. De ce pouvoir, les radniks devinrent des amuseurs, des conteurs et des musiciens, accueillis et fêtés où qu’ils aillent. Bien des années plus tard, deux jumeaux orphelins, Kutchek et Gore, ainsi qu’une petite fille prénommée Kara furent recueillis au sein de la tribu désormais guidée par la jeune et belle reine Canary (Virginia Bryant), nouvelle gardienne du rubis et de ses pouvoirs magiques...

Bande annonce IMG/flv/LesBarbarians.flv

Mais comme l’a brillamment introduit le narrateur en début de film, l’histoire se déroule à « l’âge des ténèbres », et un tel rubis, magique qui plus est, peut être objet de convoitise... de même que (et surtout ?) sa jolie détentrice... Le tyran Kandar (Richard Lynch) souhaite ainsi acquérir pour des raisons obscures le pouvoir de la pierre de l’ombilic (1). Après une attaque éclair rappelant étrangement une version tiers-mondiste de la scène finale de Mad Max 2 , le clan de Kadar tient désormais prisonnière la reine Canary. Leur chef passé maitre dans l’art délicat de la tentation résume ainsi la situation avec un sens aigüe de la concision : « tu vas apprendre à connaître les plaisirs de la captivité ». Malheureusement pour notre clone de David Bowie époque Labyrinth , le rubis, Canary ne l’a plus en sa possession, un de ses fidèles sujets l’ayant caché dans un endroit tenu secret. A défaut de pierre magique, Kadar se contentera dès lors de cette nouvelle prisonnière de sang royal, une reine captive et obéissante tant que son désormais maitre es ajouts capillaires épargne la vie des deux jumeaux mordants (2)... Kutchek et Gore vivront à partir de cet instant séparés, envoyés au puits des morts et entrainés aux arènes à la merci du terrible bourreau (Michael Berryman) dans le but un jour de s’entretuer...

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Seize années passèrent au cours duquel une énigme récurrente dans les récits de fantasy barbare traverse de nouveau l’esprit embrumé du préposé : comment des enfants chétifs et sous alimentés peuvent devenir une fois adulte un amas de muscles hypertrophiés sous anabolisants ? Passé ce mystère, le spectateur devra subir, au même titre que les deux jeunes héros, les grimaces d’un Michael Berryman en roue libre, plus doué pour jouer les clowns que les tortionnaires, et où le désir du chef du clan d’obtenir la pierre de l’ombilic pour former une troupe comique, concurrençant les niais radniks, commence à prendre tout son sens... En résumé, plus d’une dizaine d’années d’entrainement nanar pour Kutchek et Gore, réduits à l’état d’animal, (dixit la voix off), tandis que leur reine passe le plus libre de son temps dans une cage, couverte de milles bijoux offerts par son maitre transi, avec pour seule compagnie les autres femmes de Kadar. Une cohabitation d’autant plus pénible pour toutes les parties en présence, car si Canary se refuse toujours à son supposé maitre, Kadar répugne à honorer depuis 16 ans son devoir conjugal envers les dames composant son harem. Les Barbarians , un film où l’on découvre que l’un des thèmes sous-jacents n’est autre que la frustration enrichie de misère affective et sexuelle (3)... Et si les conditions de vie de Canary sont loin d’être idéales, on saluera la perspicacité et la sagesse de la sorcière China, témoin passive de la déchéance et du ramollissement de son chef : certes mais quel pouvoir as-tu encore puisque ton cœur est prisonnier. Car non content de virer romantique et mélancolique, l’emprise de Kadar sur son clan s’affadit, la fin est proche... Mais c’est sans compter sur le pouvoir de nuisance des frères jumeaux désormais prêt à sauver leur bien aimée reine en compagnie de l’intrépide Ismene (Eva La Rue)...

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Les Barbarians contrairement à d’autres spécimens crapoteux du genre distille tout le long du métrage un climat jovial (en mettant de côté donc les relations sentimentales de notre duo précité), ne dénombrant ni ralentissement notable, ni remplissage intempestif, les acteurs même de piètre qualité communiquant au film un souffle des plus rafraichissants. Nos deux héros bodybuildés, Peter et David Paul se comportent comme deux enfants sous la direction d’acteur ultra coulante d’un Deodato qui en a vu d’autres (4). Les jumeaux crient, vocifèrent, éructent, grimacent à tout va, deux grands gamins rappelant aux nostalgiques spectateurs leurs exploits dans les cours de récréation et l’humour potache qui y régnait. Mais le film offre également d’autres réjouissances, des invités "prestigieux" venus cabotiner à loisir (George Eastman, Michael Berryman), des créatures et des décors de qualités variables, des costumes ringards, des personnages attachants (Ibar alias Franco Pistoni dit "gueule d’asperge") et une histoire simplette assumée.

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Les Barbarians ou un incontournable de l’heroic-fantasy cheapos.

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(1) Une pierre magique détenant les secrets de la musique, du rire et de la chaleur humaine... Encore un bad guy qui aurait raté sa vocation artistique et chercherait par tous les moyens, même les plus inavouables, une possible reconversion ? Dans Mad Dog & Glory de John McNaughton, le personnage de Bill Murray, parrain local de la mafia, aurait bien voulu être comique de stand-up, à partir de là...

(2) L’un des deux jumeaux ayant accessoirement sectionné de ses petites dents aiguisées le majeur et l’index droit de Kadar...

(3) Les Barbarians, du Houellebecq avant l’heure chez les barbares ?

(4) Après avoir vu Les prédateurs du futur du même Deodato, on est en droit d’être magnanime envers le cinéaste italien.



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