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Légion

Scott Stewart
mercredi 21 avril 2010
par dr frankNfurter
popularité : 6%

En préambule, une voix lasse vous confie les joies d’avoir eu une mère croyante et d’ouvrir son cœur à dieu chaque soir parce qu’il est bon, miséricordieux et juste. Seulement voilà, lorsque le mari altruiste préfère quitter le domicile conjugal perdu en plein désert du Mojave non sans déchirement et laisser ainsi le soin de l’éducation des enfants à cette future mère courage, il apparait que cette dernière tend à radicaliser sa position mystique, en attente de la prophétie où le monde ne sera plus que ténèbres, le sort de l’humanité étant désormais scellé. Et à la question somme toute légitime de sa fille en guise de conclusion, pourquoi dieu était-il aussi furieux contre ses enfants ? Nous avons droit à cette sentence radicalement lyrique : j’imagine qu’il en a eu assez de toutes nos conneries. Avouez qu’en matière d’introduction grotesque, Légion du dénommé Scott Stewart s’annonçait sous les meilleurs augures du navet appellation d’origine contrôlé.

Bande annonce IMG/flv/Legion-2.flv

On aurait pu penser l’archange Michel (Paul Bettany) fatigué d’attendre lui aussi une apocalypse telle la mère de notre future héroïne, une éternité à préparer un combat contre un dragon (1), c’est long, surtout vers la fin, même pour l’élite de la milice angélique. Mais le chef des armées célestes serait-il juste bon à moisir ? Non, car son supérieur hiérarchique a décidé comme l’évoquait judicieusement l’illuminée maternelle de régler son compte à cette progéniture crasseuse nommée humanité. Et se produit le retournement que le mangeur de pellicules hypercaloriques attendait, la venue d’un sauveur, un vrai, un tatoué, Michael lui-même décide d’aller à l’encontre des plans génocidaires du grand patron au grand dam de son plus proche confident, un ami considéré comme la main droite du taulier et aussi son plus fidèle coursier, célèbre durant l’Antiquité pour la fiabilité de ses annonces prénatales qui firent sa renommée, l’archange Gabriel. Mais ce revirement, acte supposé d’amour envers les hommes, n’est-il pas un moyen déguisé pour faire changer d’avis dieu ? (2)

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Michel, tel un cyborg bodybuildé en l’an de grâce 1984, descend sur Terre en pleine nuit dans une ruelle de la non moins accueillante et chaleureuse Los Angeles... et premier geste symbolique, notre prince de l’armée céleste décide de se couper les ailes, reniant désormais sa part de divinité pour mieux s’enfoncer dans une mortelle médiocrité (ou médiocre mortalité). Résolu à suivre les préceptes de John Matrix, après cet acte chirurgical sanguinolent, le fils rebelle se dirige d’un pas altier au plus proche magasin Walmart détenu par la mafia chinoise spécialisé dans les armes d’assaut, en omettant comme son illustre pair austro-étatsunien que les agents de l’ordre public de L.A. sont souvent dans les parages dès qu’il s’agit de frustrer l’honnête citoyen en proie à une envie irrépressible de sauver ses proches ou dans le cas nous intéresse l’avenir de l’humanité.

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Mais il convient de réfréner ici l’enthousiasme des troupes cinéphiles avides de batailles homériques, Légion n’a aucunement vocation à nous esbaudir de combats épiques entre une armée d’anges exterminateurs et une poignée d’humains prêt à livrer jusqu’à leur dernier souffle ce qui leur reste de soubresauts pathétiques. Souvenons-nous mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, les paroles apocalyptiques pleines de sagesse avinée en préambule, le sort de l’humanité est désormais sellé. L’affaire est pliée... enfin pas pour tout le monde. Notre tatoué déplumé n’est finalement venu sur Terre que pour une seule raison, défendre coûte que coûte la mère portant l’enfant qui saura sauver les hommes de ces ténèbres divines.

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L’action de Légion se déroule près du Nouveau-Mexique, dans un endroit charmant où seul ne subside qu’un relais routier station service dont la seule distraction provient d’un poste télévisuel récalcitrant aux coups de mandale du propriétaire Bob Hanson (Dennis Quaid). Un lieu de rencontre pour une faune égarée et hétéroclite, du bad boy (Tyrese Gibson) au grand cœur en passant par la famille de la middle class au bord de la crise de nerf "Audrey, ma chérie, ta mère se demandait si tu t’étais habillée ce matin avec la ferme intention d’exhiber ton cul à la terre entière", sans oublier le bon bougre enraciné dans ce petit paradis ensablé pour des raisons professionnelles, soit le cuistot bigot manchot (Charles S. Dutton), ou la caution morale du tortionnaire de petit écran. Les plus perspicaces auront noté un oubli volontaire lors de la précédente description, la présence d’un couple charismatique en la personne de Charlie (Adrianne Palicki), serveuse enceinte d’on ne sait qui, et Jeep Hanson (Lucas Black) son amoureux caché qui non content d’avoir un prénom ridicule représente l’archétype même du loser dont le premier but dans la vie semble d’avoir une existence plus morne et misérable que son paternel.

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A charge dès lors pour Michel de prendre soin de la néo-Marie et de son apathique Joseph 2.0 contre les viles hordes d’humains possédés, la station service se transformant en fort assiégé... Scott Stewart aurait-il l’intention de rendre un hommage à la Nuit des morts-vivants de George Romero ou encore Assaut de John Carpenter ? Dans ce cas, Légion rate totalement sa cible, film bavard à l’action rare et désordonnée où seule ne reste qu’une impression de déjà-vu avarié, le genre de ragoût étouffe-chrétien se prenant trop au sérieux qui aura au moins le mérite de faire à la fois rire le spectateur moyen devant tant de prosélytisme post-apocalyptique bas de gamme et de choquer les restants devant tant de blasphèmes nazebroques (3)...


(1) Un cornu déguisé en bête cracheuse de flammes finalement plus occupé à passer du bon temps à Enfer-les-bains qu’à préparer son ultime combat.

(2) Certaines mauvaises langues prétendront que le petit Michael s’est surtout préparé durant toute une éternité à botter le cul de Satan, alors il aimerait bien que le chef ne décide pas au dernier moment de changer ses plans.

(3) Certaines critiques américaines s’étant émues du traitement soit disant anti-chrétien du film...



Commentaires  (fermé)

Logo de Didier Giraud
jeudi 12 août 2010 à 16h44, par  Didier Giraud

Je confirme ! Non content de ne pas tenir les promesses d’une bande annonce qui se sufit à elle même (entendez par là, qu’il vous suffit de regarder la bande annonce, le reste du film étant sans intérêt aucun), Legion fait partie de ces productions de série entre B et Z qui posent des question métaphysiques de haut niveau, notamment celle-ci : a quoi bon mettre des démons dans un film, si une seule balle suffit à les dégommer, comme n’importe lequel d’entre nous ? Franchement, les démons ne sont plus ce qu’ils étaient et je suis consterné par tant de stupidité scénaristique...

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