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L’autre enfer

Bruno Mattei
lundi 30 décembre 2013
par dr frankNfurter
popularité : 12%

Capable du pire comme... du pire, le transalpin traîna au cours de sa filmographie, non sans raison, la sévère réputation d’être uniquement un réalisateur de séries Z. A l’instar de son homologue Joe D’Amato, Mattei signa de ses nombreux pseudonymes (le plus connu étant celui de Vincent Dawn) un panel conséquent de films de genre occupant les salles de quartier de l’époque. Appartenant au cercle des followers bisseux européens, il suivit méticuleusement le mouvement des modes et succès venus d’outre-Atlantique, pour mieux les copier à sa façon (comprendre avec les maigres moyens mis à sa disposition).

Après des débuts de monteur des 60’s jusqu’au début des 70’s, lui faisant croiser la route de l’espagnol Jesus Franco pour la version italienne de L’amour dans les prisons des femmes ou bien la fidèle adaptation du roman de Bram Stocker Les nuits de Dracula , l’homme commença par la suite une carrière de réalisateur en mettant en scène quelques documentaires et nazisploitation, en attendant son âge d’or la décennie suivante. Le romain réalisa pas moins de onze films entre 1980 et 1984, du zombie miteux au cannibales férocement cheap, du Women In Prison (avec l’égérie de JDA, la sublime Laura Gemser) à la nunsploitation, en passant par le péplum érotique et, le post-nuke et son « chef d’oeuvre », Les rats de Manhattan . Enfin, passé deux western spaghetti et quelques soubresauts guerriers à la fin des 80’s, Mattei se plia dans les 90’s à la mode du thriller érotique, avant de revenir au crépuscule de sa vie dans les années 2000 à ses premiers amours gore fauchés. Connu sous le sévère sobriquet d’Ed Wood italien, L’autre enfer sorti en Italie en 1981 vient pourtant contredire d’une certaine mesure cette filmographie crapoteusement nanar.

Perdue dans les catacombes de son couvent, soeur Christina est à la recherche de soeur Assunta (Paola Montenero). Cette dernière, située non loin, dans ce qui ressemble à un laboratoire d’alchimiste (avec chaudron bouillonnant en sus), s’apprête à effectuer l’ablation post-mortem des organes génitaux d’une religieuse récemment décédée : "le pubis, le clitoris, l’utérus, les ovaires, que l’on doit maudire comme l’antichambre de l’enfer". Une fois sa besogne mutilatoire accomplie, la nonne en profite pour ne pas perdre la main et poignarde à l’occasion sa consoeur. Quelque temps plus tard, le cadavre, ainsi que la meurtrière décédée et cachée dans un cercueil, sont retrouvées. Le père Inardo (Andrea Aureli) tente alors de faire la lumière sur ces étranges événements avant d’être suppléé par son jeune collègue, le père Valerio (Carlo De Mejo), présumé plus pragmatique et spécialiste de ce type d’affaires étranges et suspectes. L’archevêque n’adhère pas en effet à la thèse défendue par le vieux curé, et prend pour affabulations les déclarations de soeur Rosaria (Susan Forget) affirmant que Satan a pris possession du couvent. Sur place, Valerio est fraîchement accueilli par la mère supérieure Vincenza (Franca Stoppi), cette dernière dirigeant son établissement d’une main de fer...

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S’inscrivant dans la série nunsploitation en vogue depuis les 70’s et popularisée par Jess Franco (au hasard), L’autre enfer se démarque pourtant du genre qui avait déjà été visité l’année précédente par ce même Mattei ( Les novices libertines avec Franca Stoppi). Le film recentre ainsi l’intrigue principalement sur l’horreur en gommant les aspects sexués (explicites ou non) et autres émois lesbiens, qu’il était normalement de bon ton de montrer aux amateurs libidineux. A défaut de nonnes exhibitionnistes pratiquant l’amour cloîtré, et à l’exception de la scène d’ouverture décrite plus haut, l’italien se fait davantage le chantre d’un gore minimaliste globalement satisfaisant.

Réalisation Mattei oblige (serait on tenté de se justifier), la production de L’autre enfer est à l’image des maquillages signés par l’un des spécialistes du genre, Giuseppe Ferranti (1), inégale. Si les effets imitant les stigmates de soeur Rosaria sont relativement bons, on pourra rester plus mesuré devant la représentation de Satan et de ses deux pauvres lumières rouges faisant office de regard démoniaque.

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Co-écrit avec son partenaire Claudio Fragasso, scénariste des plus « célèbres » films de Mattei (2), le long métrage synthétise en somme la propension qu’a son réalisateur à s’inspirer très fortement de ses pairs, en un minimum de risques et de talent : viennent se greffer au récit par exemple des éléments de Carrie , Suspiria ou Rosemary’s Baby . Dans ce rôle de compilateur fou, le réalisateur de Virus Cannibale avait habitué le cinéphile déviant à ses divers ratages, patchwork grotesque au-delà de toute limite, or cette fois-ci la copie frôle étonnamment la moyenne. Certes, sa capacité à diriger ses acteurs (de seconde zone) et sa maîtrise à mettre en scène des scènes de terreur efficaces ne bouleversent pas l’ordre établi. De même, sa science du gros plan pourra en laisser plus d’un dubitatif. Mais L’autre enfer offre toutefois son lot de surprises, telle son introduction économe évoquant vingt ans avant un certain Blair Witch Project ou son utilisation parcimonieuse de stock-shot.

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Composé pratiquement de la même équipe que Les novices libertines , soit le même producteur, Arcangelo Picchi, le même chef opérateur, Giuseppe Bernardini puis le même monteur, Liliana Serra, Mattei suit de nouveau les traces de son compatriote D’Amato avec la présence de Franca Stoppi, célèbre pour son interprétation de la gouvernante Iris dans Blue Holocaust . Reprenant le rôle d’une mère supérieure, le jeu expressionniste de l’actrice tranche positivement avec l’interprétation en demi-teinte de son partenaire De Mejo et le non moins sympathique Franco Garofalo. On soulignera enfin la musique de Goblin « empruntée » une fois encore au film de JDA, qui dynamise et rythme le film au moment opportun.

L’autre enfer de Bruno Mattei n’est finalement pas la catastrophe attendue, l’italien use de grosses ficelles, mais compte tenu de sa filmographie, le film s’avère être une bonne surprise. Que pouvait-on demander de plus ?


(1) Ferranti qui débuta avec Dario Argento ( L’oiseau au plumage de cristal , Le chat à neuf queues ), fut en charge par la suite des maquillages de plusieurs films et autres nanars cultes transalpins réalisés ou non par Mattei ( Virus Cannibale - L’enfer des morts vivants , L’avion de l’apocalypse , Cannibal Ferox , Les rats de Manhattan , Atomic Cyborg )

(2) On lui doit aussi le scénario de La femme pervertie (1985) de Joe D’Amato mais également plusieurs films dirigés par ses soins dont Leviatán (1984) avec Alice Cooper.



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