Alphaville : une étrange aventure de Lemmy Caution -- Votre note ?
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Alphaville : une étrange aventure de Lemmy Caution

Jean-Luc Godard
jeudi 2 juillet 2009
par dr frankNfurter
popularité : 1%

1965 et déjà le neuvième film de Godard en cinq ans. Alphaville ou le projet audacieux de retranscrire un univers déshumanisé, à la croisée du film d’anticipation, de Science-Fiction et du polar. Un Godard qui dès son premier chef d’œuvre, "A bout de souffle", s’était déjà essayé à une variation autour du film de genre, mais avec cette fois-ci en guest, l’un des héros populaires du cinéma bis des 50’s, Eddie Constantine dans le rôle du célèbre Lemmy Caution.

Bande annonce IMG/flv/Alphaville.flv

Lemmy Caution, sous le nom d’emprunt Ivan Johnson journaliste au Figaro-Pravda (1), enquête pour le compte des pays extérieurs dans la cité futuriste Alphaville. Dès son arrivée à son hotel, d’étranges phénomènes se produisent, il se fait agressé dans sa chambre par un inconnu et reçoit les avances d’une demoiselle... une séductrice d’ordre 3. Caution a pour mission de retrouver l’agent Henry Dickson, porté disparu, puis de ramener voire d’éliminer le créateur d’Alphaville, le professeur Von Braun. Au cours de son investigation, Lemmy Caution rencontre la fille du professeur (Anna Karina) et découvre un monde où les sentiments et la poésie sont bannis. Un monde où tout est dicté par une autre création du professeur Von Braun, l’ordinateur omnipotent Alpha 60. Les habitants y sont conditionnés. Nulle émotion ne doit apparaitre sous menace de mort. Cette dernière étant considérée comme illogique. Un monde où on ne pose jamais la question "Pourquoi ?" mais où l’on doit toujours répondre "parce que".

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Godard s’inspire évidemment des œuvres littéraires contemporaines que sont 1984 ou Fahrenheit 451 (2) pour décrire sa dictature technocratique. Le livre comme moyen de manipulation des masses a en effet une place importante dans le régime dicté par Alpha 60. En particulier la Bible qui n’est autre qu’un dictionnaire mis à jour perpétuellement où l’on efface au fur et à mesure tous les mots susceptibles d’ouvrir la conscience de l’humain... le mot conscience faisant justement parti des mots bannis. Un régime totalitaire où chaque être humain est numéroté et où la Science domine cette humanité annihilée, tout du moins prostrée. Néanmoins, comme dans ses films précédents, Godard se plait à brouiller les cartes, à développer les niveaux de lecture comme le caractérise idéalement le héros, ou plutôt l’antihéros, joué par Eddie Constantine alias Lemmy pour les dames.

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Lemmy Caution est en effet l’archétype même du détective machiste au look désuet avec imperméable et chapeau fournis. Le personnage de série B des polars noirs des 50’s perdu dans un univers anxiogène, "je deviens fou dans cette saloperie de ville", ou comment jouer avec les stéréotypes sans les dénigrer, revus et corrigés par Godard himself. Le cinaste franco-suisse ne se dispense pas dès lors d’une love story et de scènes caricaturales de castagne, le héros évitant aussi avec une maestria certaine les balles tirées par ses adversaires tout en, à contrario, faisant mouche à tous les coups (enfin pratiquement). A noter que cette étrange aventure qui décrit le combat "idéologique" entre un détective/agent secret amateur de poésie, chantre de Paul Eluard (3), contre un super ordinateur avait à l’origine pour titre Tarzan VS IBM... titre qui étonnement se changea en Alphaville...

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Non content de jouer avec son personnage principal (4), Godard multiplie aussi les références géographiques, scientifiques, populaires et cinématographiques dans Alphaville. Hormis l’ancien nom du professeur Von Braun (5), c’est à dire Leonard Nosferatu, Godard en plus de Murnau, rends de nouveau hommage à un autre réalisateur allemand rencontré quelques années auparavant, Fritz Lang (6). Il est en effet judicieux de comparer le génie manipulateur d’un docteur Mabuse avec l’ordinateur à la voix cancéreuse Alpha 60... ce dernier faisant étrangement échos par certains aspects au Hal 9000 de 2001, l’odyssée de l’espace. Les thèmes dégagés par le film vont d’ailleurs plus loin que le simple rapport homme/science ou la déshumanisation de la société, et on peut souligner l’importance du temps, du manque de repères, de la mémoire, Caution photographiant en permanence tout ce qu’il rencontre.

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Que reste-t-il alors d’Alphaville pratiquement 45 ans après sa sortie ? Un film fort avec son lot de scènes marquantes telles les exécutions dans la piscine, la fameuse scène tournée à la Maison de la Radio où Caution ouvre des portes frénétiquement le long d’un couloir (séquence reprise dans l’émission des années 80 cinémas-cinémas) ou le regard amoureux porté sur Anna Karina. Comme souvent chez Godard, on a l’impression d’assister à un numéro d’équilibriste, la forme et les expérimentations prenant par moment le dessus sur l’histoire. Et pour reprendre les mots de son chef opérateur, Raoul Coutard, grand artisan de la qualité plastique du film, il s’agissait de démontrer "qu’on pouvait faire du cinéma autrement" au détriment d’une certaine cohérence... Néanmoins, les partis pris esthétiques de la paire Godard/Coutard sont dans l’ensemble pertinents, avec une mention très spéciale pour les scènes tournées dans les couloirs (7). Et le fait de filmer Alphaville dans le Paris des 60’s n’handicape au passage aucunement l’aspect anticipation du récit, Godard privilégiant des décors "modernes" ou des lieux déshumanisés. Un film parfois bancal, proche du chef d’œuvre, qu’on appréciera davantage lors d’un second visionnage serait-on tenté d’ajouter.

Alphaville fait désormais partie des films référents, une influence notable pour les futurs cinéastes Terry Gilliam ( Brazil ) ou George Lucas (THX 1138) par exemple.

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(1) Qui osera prétendre que Godard n’a pas d’humour après ça ?

(2) Pour rappel 1984 fut publié en 1949 tandis que le roman de Bradbury en 1953.

(3) Le recueil Capitale de la Douleur de ce dernier revenant souvent sous forme de leitmotiv.

(4) A ce propos, on est bien loin de la malice sadique d’un Paul Verhoeven mettant en scène le benêt Casper Van Dien dans Starship Troopers, Constantine a sans doute conscience de jouer un stéréotype mais est-il certain de connaitre toute l’histoire... Néanmoins, son jeu d’acteur est loin d’être caricatural soulignant encore un peu plus la perte de repère de son personnage. Toujours est-il que Constantine comme les producteurs de l’époque furent surpris du résultat final... à l’opposé de ce que proposait le scénario d’origine... du Godard en somme.

(5) Référence elle-aussi tellement évidente que je laisse aux plus jeunes le soin de découvrir qui était Wernher Von Braun...

(6) Fritz Lang jouant au passage son propre rôle dans Le mépris du même Godard



Documents joints

Alphaville_affiche
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Commentaires  (fermé)

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mardi 7 juillet 2009 à 11h30, par  Laurence Verdier

Mais pas de quoi Joe ! Et puis c’est vrai que ma 1ère explication était laborieuse ! Tu es loin d’être un boulet, fais-moi confiance ;)

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dimanche 5 juillet 2009 à 18h53, par  Joe Black

Au nom de tous les boulets -dont je fais partie- un grand : MERCI ! ;-)

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dimanche 5 juillet 2009 à 13h33, par  Laurence

Bon... mon explication n’est pas evidente !
Je recommence donc :

H précède I

A précède B

L précède M

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jeudi 2 juillet 2009 à 21h01, par  Laurence Verdier

Encore un article du doc sans fausse note !
Aviez-vous remarqué chers amis de l’étrange
que les 3 lettres : HAL (l’ordinateur de "2001 l’Odyssée de l’Espace") est un clin d’oeil de l’auteur Arthur C.Clarke aux 3 lettres IBM ? H-I-A-B-L-M

Tout le monde a bien suivi ?

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