Sisters - Soeurs de sang -- Votre note ?


Sisters - Soeurs de sang

Brian De Palma
samedi 11 juillet 2009
par dr frankNfurter
popularité : 9%

Brian De Palma, étonnant le parcours de ce cinéaste de la bande des quatre (1), longtemps sous-estimé par les critiques, au mieux juste bon à être comparé à un sous Hitchcock à la sauce yankee. C’est d’autant plus paradoxal que les soit disant défauts qu’on pouvait lui reprocher dans les 70’s, en particulier celui de proposer un cinéma de genre extrêmement référentiel, ont finalement ouvert la voie avec 20 ans d’avance à un autre réalisateur américain qui lui remporta un succès critique quasi immédiat et une Palme d’or à Cannes en 1994 pour son deuxième film Pulp Fiction (2). Force est d’admettre ceci dit, que l’œuvre et l’influence du grand Alfred sur le cinéma de Brian De Palma n’est plus à prouver, aussi bien dans sa fameuse trilogie (3) débutée en 1980 avec Dressed to Kill (VF : Pulsions), suivi de Blow Out et du mésestimé Body Double, que dans son premier véritable thriller, Sisters, déjà son cinquième long métrage, sorti en 1973.

Bande annonce IMG/flv/SoeursdeSang.flv

Rencontrés lors d’un show télévisé faisant la part belle au voyeurisme (4), la jeune mannequin et apprentie comédienne Danielle Breton invite le soir même chez elle son compagnon d’infortune hertzienne, le prévenant Phillip Woode. Bien qu’importuné la veille, lors du diner par l’ex mari de la jeune femme, le couple passe une excellente soirée et n’hésite pas à passer la nuit ensemble. Au matin, Woode apprenant à la fois que Danielle vit avec sa sœur jumelle et qu’il s’agit de leur anniversaire, achète un gâteau pour l’occasion, ce gentilhomme ne voulant en aucun cas semer le trouble entre les deux sœurs. De retour à l’appartement de Danielle, Woode se fait assassiner brutalement à l’arme blanche... tandis qu’une voisine, Grace Collier, assiste à l’agonie du malheureux de sa fenêtre. Cette dernière, journaliste pour un quotidien de Staten Island, décide alors de mener sa propre enquête avec l’aide d’un privé, la police ayant bouclée l’affaire faute de preuves... et de cadavre.

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Dans ses films précédents, Brian De Palma avait déjà à loisir creusé le sillon du voyeurisme, avec faut-il le rappeler un débutant au nom de Robert De Niro, mais jamais il ne s’était essayé au thriller, ses films antérieurs lorgnant plus vers la comédie. Dès lors il semblait évident pour un cinéphile de sa génération de rendre un hommage plus appuyé ou tout du moins de d’inspirer du maître de l’effroi et du suspense, Alfred Hitchcock. Effectivement, bien que De Palma n’avait pas attendu son premier thriller pour faire référence à Rear Window (VF : Fenêtre sur cour ), l’ombre de Psycho (VF : Psychose ) plane majestueusement sur cette histoire sanguinaire mêlant à la fois troubles psychiques et désordres familiaux. Et même si pour l’occasion De Palma s’attache les services du compositeur attitré du maître anglais, Bernard Herrmann (5), il convient tout même de réfréner un tant soit peu l’aspect hitchcockien de Sisters . De Palma use plus souvent de clins d’œil que de véritables ressorts propres à la mécanique de Sir Alfred, le suspense, les faux-semblants voire même l’enquête auraient presque tendance à passer au second plan chez De Palma. Comme souvent, le futur réalisateur de Phantom of the Paradise s’intéresse aux détails, aux causes du mal et avant tout aux questionnements face à l’image (6). Dès lors, la seconde partie de Sisters est à ce titre un condensé de malaise et de virtuosité. Et je dois admettre avoir été personnellement et agréablement surpris par cette poisseuse partie. Naïvement, on croit avoir fait plus ou moins le tour des thrillers de De Palma, et il suffit de regarder (enfin) son premier pour constater l’ampleur des dégâts. Rares sont les cinéastes, qui plus est durant les 70’s, à avoir réussi à rendre un tel cauchemar... expressionniste (en attendant David Lynch). De Palma à travers cette distorsion de la pensée réussit un véritable tour de force et pose définitivement son empreinte dans le cinéma. Une seconde partie faussement onirique située dans un hôpital psychiatrique où l’expressionnisme allemand du Cabinet du docteur Caligari , voire le dr Mabuse croise le Freaks de Tod Browning. Un véritable choc visuel... au même titre que le twist final délicieusement déstabilisant.

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Comme annoncé précédemment, Sisters , en plus de son atmosphère malsaine, mérite amplement un nouveau regard pour les sceptiques qui penseraient que nous avons encore à faire au produit d’un élève brillant mais aucunement génial. Désormais connu comme un maître de cette technique, on pense d’ailleurs généralement en premier à De Palma dès qu’il s’agit de Split Screen, Sisters n’est pourtant pas la première incursion de cet effet visuel par son auteur. Au contraire, l’un de ses précédents longs métrages, Dionysus in ’69 , aura sans doute permis à ce dernier de perfectionner son approche, la technique de l’écran divisé étant des plus judicieuses lorsque l’on réalise un film à suspense. Autre point et non des moindre, la qualité de l’interprétation avec en point d’orgue le couple Danielle et Emil Breton joué par Margot Kidder (future Lois Lane du Superman de Richard Donner) et l’inquiétant William Finley, un habitué du cinéma de De Palma, l’intemporel interprète de Winslow de Phantom of the Paradise . De même, quand bien même le malheureux se fasse poignarder, le fait que le rôle de Philip Woode soit tenu par Lisle Wilson, un acteur afro-américain, mérite tout de même d’être souligné. Certes, depuis Guess who’s coming to dinner (VF : Devine qui vient dîner ? ) en 1967, il n’était plus inhabituel en théorie à Hollywood d’avoir à l’écran un couple "mixte", mais tout de même... Ceci dit, Sisters n’est pas exempt de points négatifs, relativement superficiels mais les perfectionnistes et autres empêcheurs de tourner en rond me sauront gré de les souligner... les cuistres. Premier détail, l’accent français de l’héroïne qui est tout sauf québécois contrairement à ce qui était annoncé. Second point, le sang et sa texture étant plus proche de la peinture acrylique que du met délicat dont se repait le charismato-anémié Edward Cullen. Des peccadilles en somme (7)... Pour finir, il serait dommage comme souvent c’est le cas chez les grands d’omettre cette capacité qu’ont ces auteurs d’user d’ironie, de jouer avec le spectateur, faire semblant d’user de grosses ficelles pour mieux le surprendre, la scène du jardinier est à ce titre parfaite.

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Sisters , le premier chef d’œuvre de Brian De Palma, rien de moins.

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(1) La fameuse bande des quatre qui révolutionna le cinéma US des 70’s : De Palma, Scorsese, Spielberg et Lucas (Cimino aurait aussi droit de faire partie du club mais j’aurais tendance à le classer à part).

(2) Pour les grincheux, je n’affirme pas tant que De Palma soit une influence notable pour Tarantino, je n’en suis pas personnellement convaincu (quand bien même dans Kill Bill Vol. 1 il existe quelques plans rappelant le réalisateur d’Obsession). Disons surtout que le procédé de s’inspirer des films de genre pour créer une œuvre cinématographique à part entière, style ô combien reconnaissable chez Tarantino, doit beaucoup à De Palma.

(3) Thrillers qui débutent chacun par une scène délicieusement décalée entre l’érotique bon marché et le film d’épouvante de série Z (pourtant contrairement à Coppola, Scorsese, ou Lucas De Palma n’a pas débuté chez Roger Corman).

(4) J’avoue avoir découvert ce préambule avec une certaine malice. Ne voulant pas déflorer le jeu télévisé, intitulé fort justement Peeping Toms (référence évidente au chef d’œuvre de Michael Powell), je peux juste affirmer que dès le début, on retrouve immédiatement le style De Palma, et ainsi l’acte de naissance des introductions tordues chères aux thrillers du maître.

(5) Qui offre au passage une partition stressante à souhait (vous avez dit Psycho ?). De même, de la bande des quatre citée plus haut, un autre italo-américain fera appel à ses services, Scorsese pour la bande originale de Taxi Driver, Palme d’or en 1976.

(6) Autant le voyeurisme chez De Palma peut s’aborder de manière triviale (même si on est bien d’accord que justement cette partie grivoise cache avant tout la partie immergé de l’iceberg), autant la thématique du pouvoir de l’image (ou du son... Blow Out) confère à l’œuvre de De Palma une richesse et une profondeur rare... pour un cinéaste spécialisé dans le film de genre.

(7) Tout ceci me rappelle l’anecdote concernant le rouge-gorge que l’on peut voir à la fin de Blue Velvet. A la question, "tu ne trouves pas quand même qu’il sonne vachement faux le rouge-gorge ?" Lynch répondit que justement, c’est ça qui était génial...



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