Vicilisation -- Votre note ?


Vicilisation

Chris Antone
mercredi 11 mai 2011
par giraud
popularité : 18%

La société, l’état, l’économie : tout par en lambeaux et plus personne n’est en mesure de recoller les morceaux. Peu à peu, chacun quitte son poste, son emploi, de gré ou de force et tous désertent les villes pour s’entasser dans des camps où l’armée tente de faire régner un semblant d’ordre. Mais pour combien de temps encore ? Jacques, un jeune architecte, a d’autres projets. Pilote d’ULM à ses heures perdues, il va tenter de gagner le sud avec un ami afin de rejoindre sa famille. Mais pour cela, il faut se procurer de l’essence, échapper aux pillards et aux barbares en tous genres dont le nombre semble croître chaque jour ...

Le genre post-apocalyptique ne date pas d’hier et Richard Matheson, par exemple, nous avait déjà donné dans les années 50 un roman fameux, Je Suis Une Légende, qui a donné lieu à 3 adaptations cinématographiques ! Il avait d’ailleurs fait preuve de pas mal d’originalité car à l’époque, l’apocalypse qui nous était promise par les amateurs de SF était plutôt nucléaire ... A sa façon, La Planète des Singes faisait également partie de cette catégorie. Dans les années 70, l’apocalypse a été plusieurs fois envisagée sous l’angle démographique, avec des films comme Soleil Vert, l’Âge de Cristal ou Population Zéro. Puis l’apocalypse est entrée dans son ère moderne avec Mad Max et Mad Max 2, des romans tels que Peste Blanche de Frank Herbert ou encore Le Fléau de Stephen King. En France, les excellents romans de Gilles Thomas (L’Autoroute Sauvage, La Mort en Billes et l’Île Brulée) s’incrivaient dans la même démarche. Ces dernières années, les films sur ce thème se sont multipliés, dans des genres très différents, De Doomsday aux Fils de l’Homme en passant par Postman (tiré d’un roman de David Brin ayant remporté le prix Hugo) et par La Route (adaptation du roman de Cormac McCarthy), sans oublier les innombrables séries B et Z sur le thème des Zombies et virus en tous genres (28 Jours PLus Tard, Infectés). On a également eu droit à l’apocalypse extra-terrestre, bien entendu, ainsi qu’à un "revival" du thème nucléaire dans la série télé Jericho. Et pour rester à la pointe de l’actualité, l’apocalypse est évidemment devenue écologique... Enfin, n’oublions pas que quand on parle d’apocalypse, la religion n’est jamais très loin, comme dans le film Le Livre d’Eli.

Tout ça pour dire quoi ? Que le roman de Chris Antone se démarque plutôt intelligemment de tout ce qui l’a précédé (ou presque) pour se concentrer sur des aspects rarement abordés par la SF, finalement, qui semble s’être davantage interéssée à la fin du monde qu’à sa renaissance.

Car Chris Antone dans son roman s’intéresse tout d’abord aux raisons de l’écroulement de notre société... et plus encore, ensuite, à la manière dont on pourrait la reconstruire. Mais pas à l’identique, bien entendu ! D’où un certain nombre de discussions et de débats que ce roman serait susceptible d’éveiller...

Vicilisation (je rassure les lecteurs : il ne s’agit ni d’une faute de frappe, ni d’un jeu de mots douteux et le terme a une signification, mais qu’il serait dommage de révéler ici) est en effet un roman dans "l’air du temps", au sens où il s’inscrit dans les suites de la crise économique dite des "subprimes", qui a bien failli plonger le monde dans une période de récession sans précédent... ce qui pourrait sans doute être le cas d’ici quelques années (hypothèse retenue par l’auteur).

Cette idée d’un système en bout de course et à bout de souffle, qui aura poussé sa propre logique jusqu’à l’absurde, jusqu’à s’écrouler de lui-même et sur lui-même, est relativement nouvelle car jusqu’à présent on avait presque toujours imaginé l’apocalypse provoquée par un élément extérieur ou un événement déclencheur. Et le pire, c’est qu’on aurait tendance à trouver le scénario imaginé par Chris Antone plutôt normal, comme si on pressentait qu’il y a dans cette idée plus qu’une éventualité, peut être un avenir possible, hélas... et peut être même probable, pour les plus pessimistes*.

J’ai beau chercher, il ne me revient pas en mémoire de roman ou de film "postapo" abordant la question sous cet angle économique et social. Le seul à s’être aventuré dans ces domaines est peut être John Carpenter, dans des films tels qu’Invasion Los Angeles ou New York 1997, ainsi que jean-Michel Truong en France, avec notamment Le Successeur de Pierre...

Mais évidemment, il est plus facile d’imaginer une fin du monde que sa renaissance. De ce point de vue là, Chris Antone a le mérite de nous livrer une idée, une théorie franchement digne d’intérêt... mais désolé, pour en savoir plus, il faudra lire le roman !

Voilà pour le fond. Sur la forme, Vicilisation est plutôt bien écrit, avec quelques défauts au début (un certain abus des points d’exclamation, notamment) qui s’estompent heureusement par la suite. Sur le déroulement de l’intrigue, s’il fallait adresser quelques reproches à Chris Antone, ce seraient à mon avis les suivants :
- un début intéressant mais qui aurait mérité d’être encore plus développé, pour le rendre plus crédible et de préférence sur un mode plus dramatique (le ton est parfois un peu léger, entre les deux amis, ce qui nuit au peu au propos de l’auteur) ;
- l’absence d’un "méchant" digne de ce nom aurait sans doute renforcé l’intérêt du roman ;
- quelques aspects un peu "cliché" tant ils ont été vus ou lus souvent ... mais qu’on ne peut que qualifier de réalistes (pénurie d’essence par exemple).

En revanche, outre ses idées passionnantes, on peut saluer l’aisance de Chris Antone dans les parties "action", de même que dans le registre de l’émotion, en fin du roman. Quelques uns des développements du roman, notamment dans sa première partie, sont d’ailleurs assez "couillus" (désolé, mais ça veut bien dire ce que ça veut dire) par les temps qui courent, Chris Antone allant jusqu’à imginer que des petites guerres de religion pourraient reprendre localement...

Vous l’aurez compris, les qualités de Vicilisation (par ailleurs assez court et qui se lit très facilement) l’emportent largement sur ses quelques défauts mineurs. Un roman qui fait réfléchir est une denrée rare, de même qu’un roman de SF qui parvient à innover, ce qui n’est plus si courant.

On a parfois un peu l’impression de se retrouver dans Civilisation (il n’y a pas de faute de frappe là non plus), le fameux jeu vidéo de Sid Meier dans lequel on tente de faire progresser une tribu primitive pour la transformer deux millénaires plus tard en une puissante nation... car comme le dit le texte en 4ème de couverture : et vous, que feriez-vous ? C’est peut être pour ça qu’on a envie de continuer de "jouer" à être Jacques, le héros du roman et qu’ on attend avec impatience la suite, prévue semble-t-il pour fin 2012...

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Sans entrer dans des débats économiques et politiques, nos amis grecs sont loin d’être sortis de l’auberge... et que dire des événements d’il y a quelques années en Argentine, qui nous ont montré que le dépôt de bilan d’un état n’est pas qu’une vue de l’esprit ?

Dans un autre registre, c’est marrant cette manie des gens dans les romans et les films postapo de partir vers le sud ! Du coup, je me demande si, dans le monde réel, en cas d’apocalypse, il ne faudrait pas aller vers le nord pour être vraiment peinard !



Commentaires  (fermé)

dimanche 15 mai 2011 à 12h33

C’est pas encore dans la littérature SF !!! Voilà sérieusement une vraie lacune... on pourrait tenter d’en rédiger un ! sous forme d’une sorte de "cadavre exquis" qui énumérerait différents articles pour régir la vie du "bon survivant" (des serieux et des plus humoristiques)... ça ne vaudrait peut etre pas un chef d’oeuvre, mais ça pourrait donner l’idée à des bons écrivains !

Article premier (bidon) : "Si une apocalypse arrive : soyez vigilent !!!" ;-)
Article 2 : "Avant de chercher à savoir comment on a survécu à une apocalypse, s’assurer d’abord que, premierement l’apocalypse est bien terminée, et deuxièmement qu’on a bien totalement survécu !" ;-)

Oui le nord effectivement... mais disons que dans mon esprit, sur ce coup ci, c’etait plutot la version "Bienvenu chez les ch’tis post-apocalyptique" que j’avais en tete ! ;-) du coup, j’avais une image parodique de tes propos, du genre "pénurie d’essence hin ?! biloute moules frites"... mdr
Mais c’est bon j’ai compris... ;-)

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samedi 14 mai 2011 à 13h52, par  giraud

Guide de survie : pas que je sache, pour ce qui est de la SF en tout cas.
En revanche il existe 2 "vrais" manuels tout à fait remarquables :
- Survivre : comment vaincre en milieu hostile écrit par Xavier Maniguet, un médecin, si ma mémoire est bonne
- How to survive on land and sea, fait par l’US Navy pour ses pilotes, qui sont susceptibles de se crasher n’importe où, n’importe quand. Mais je ne crois pas qu’il ait été traduit en français.

Quant à l’idée de partir vers le nord - et pour reprendre une de nos discusions privées - je pense qu’effectivement, dans certaines circonstances, il vaut mieux aller vers les endroits les plus désertiques possibles !

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samedi 14 mai 2011 à 12h41, par  Joe Black

J’aime bien l’idée : "partez vers le nord !!!" ;-)
Toi qui connais pas mal la littérature SF, existe t il une sorte de "Parfait Petit Guide du Survivant Post Apocalyptique" ?
Je trouverai en tous cas cette idée originale et pouvant donner un point amusant sur ce sujet ! ;-)
Déjà Bienvenue à Zombiland explore un peu ce "thème" et c’est plutôt réussi je trouve...

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